ITW : Bernard Lions
BERNARD LIONS, grand reporter à la rubrique football de L’Equipe, nous fait découvrir l’envers du décor de son métier de passion. Juste avant de rencontrer Fernando Cavenaghi jeudi après-midi, Bernard Lions (trente-neuf ans) nous livre son impression sur ligue 1 qui redémarre, l’équipe de France et nous fait plonger dans l’intimité de sa vie de grand reporter sportif qui est la sienne depuis 1997.
“ Comment avez-vous eu l’envie de devenir journaliste ?
- Je suis un enfant de Séville. Je suis tombé amoureux fou de foot, un coup de foudre, lors de la demi-finale de la Coupe du monde 1982, perdue par la France devant l’Allemagne aux tirs au but. J’avais 12 ans et j’ai vécu cette défaite comme une terrible injustice. J’en ai pleuré toute la nuit. Je n’ai pas compris, du haut de mes 12 ans, que les gentils puissent être les perdants et les méchants, les gagnants… En me réveillant, j’ai décidé de comprendre. J’ai acheté beaucoup de journaux sportifs, et à partir de ce jour là, j’ai voulu devenir grand reporter sportif à L’Equipe.
- Peut-on encore aujourd’hui faire de ce métier sa passion ?
- J’en connais certains qui se sont retrouvés à l’exercer sans passion… Je ne sais pas comment ils font. Comme souvent, c’est le plus beau métier du monde quand ce n’est pas le tien. Il est très contraignant. Il mange ta vie privée. Tu pars tous les week-ends, tu n’as pas de jours fériés, tu n’es jamais chez toi. Après, comme je dis souvent, ce n’est pas un métier mais un mode de vie. Il faut accepter de passer une centaine de nuits par an loin de chez toi, à l’hôtel, d’être tout le temps sur les routes, que ce soit ça en train, en avion ou en voiture. Ce métier est une invitation permanente au voyage. Tu vis avec une valise dans la tête. Parfois, la fatigue s’accumulant, ce job devient une contrainte. Pourtant, l’obligation de performance reste la même.
- Vous dites souvent qu’il faut exercer le métier de journaliste avec passion et honnêteté. Mais l’honnêteté ne devient-elle pas dangereuse, dans le sens où il faut être juste dans son analyse et informer le public ?
- L’objectivité n’existe pas. Ca ne veut rien dire. Quand une personne émet une opinion, elle renferme forcément une part de subjectivité. Elle n’est pas partagée par tout le monde. Ce qui importe donc, c’est d’être honnête, impartial et juste. Après personne n’est infaillible. Un entraîneur peut rater sa composition d’équipe ; un joueur, son match ; des dirigeants, leur recrutement ; comme un journaliste peut rater son article. Tout le monde a droit à l’erreur, pas à la malhonnêteté.
- Revenons sur le dossier France 98. A l’époque, Jérôme Bureau, alors directeur des rédactions de L’Equipe, avait promis de se flageller en direct à la télévision devant la France entière si les Bleus gagnaient la coupe du monde. Cette déclaration n’était t’elle pas exagérée ?
- Il me semble que le lendemain, il était sur un plateau de télévision pour reconnaître son erreur. Le problème, durant les jours qui suivirent le sacre des Bleus, c’est que la France a revécu certaines heures sombres de la Libération. Il fallait des tondus. Et les résistants de la dernière heure ont tondu L’Equipe. Ben tiens… L’Equipe a au moins eu le mérite de n’avoir jamais retourné sa veste. On a toujours eu la même ligne de conduite. C’est trop facile d’oublier qu’avant la Coupe du monde, très peu de Français, l’ensemble de leurs médias y compris, croyaient aux chances de l’équipe de Jacquet. Reprenez les sondages du printemps 1998. Je veux bien reparler de ça dix ans après mais à condition qu’on ne fasse pas un mauvais procès à L’Equipe. C’est trop facile.
- Pensez-vous Bordeaux capable d’être champion une deuxième fois d’affilée ?
- Ca va être compliqué. D’abord, parce que Lyon et Marseille me semblent s’être dotés d’un effectif supérieur tant au niveau quantitatif que qualitatif. Lyon est revenu à un recrutement international. Il l’avait quelque peu oublié la saison dernière en recrutant “ Ligue 1 ” avec Ederson Pjanic… En ce qui concerne l’OM, je pense que son intersaison “ pagnolesque ”, avec notamment le limogeage de Pape Diouf, a constitué un mal pour un bien. Je ne suis pas sûr que sans cette crise qui a ébranlé le club, Didier Deschamps aurait bénéficié d’autant de moyens pour reconstituer son effectif. Il fallait étouffer les mécontentements dans l’œuf. Deschamps a pu bâtir deux équipes. C’est quand même extraordinaire ! Deschamps en a également profité pour faire table rase de l’ère Gerets. En plus de se délester de certains joueurs cadres du Belge, comme Cana, son capitaine, ou M’Bami, en attendant le tour de Valbuena, il a opté pour un tout autre système de jeu. Pour revenir à Bordeaux, son gros atout réside dans sa stabilité à tous les étages. Carrasso, Plasil et Ciani exceptés, l’ossature de base demeure la même.
- Bordeaux méritait-il d’être Champion la saison passée ?
- Oui, car il a su forcer son destin. A un moment, les Girondins comptaient jusqu’à huit points de retard sur Lyon, puis
sur Marseille. Mais ils n’ont jamais lâché, parvenant même à avoir la chance du champion ; même si je n’aime pas trop cette expression. Après l’annonce du départ de Gerets, qui lui a été fatal, l’OM n’a plus su faire preuve des mêmes ressources mentales.
- On dit souvent de Bordeaux que ça passe juste, qu’il est en sur-régime. N’est-ce pas dû à sa prise risque ?
- C’est une question de tactique et de philosophie de jeu. Laurent Blanc prône un milieu en losange qui est risqué, quand ses joueurs perdent le ballon. Mais il assume cette prise de risque dont vous parlez et son corollaire, encaisser plus de buts. Car les joueurs adhèrent à son discours et se sentent en confiance sous sa direction. Prenez Gourcuff : tout ce qu’il tente, il le tente d’abord parce que techniquement, il peut se le permettre. Mais aussi, parce qu’il se sent en confiance. Sans elle, il ne tenterait pas tous ces gestes, alors qu’il est capable de les réaliser à tout moment.
- Etes-vous pour ou contre la vidéo ?
- Ce débat me fait sourire. Ca veut dire quoi, être pour ou contre ? De quelle utilisation de la vidéo parle-t-on ? On résume ce débat à une polémique entre les Anciens et les Modernes, sans même en définir les contours. Quand doit-on l’utiliser ? Jusqu’où ? Je suis résolument pour la vidéo car aujourd’hui, le foot va très vite. Malgré leur préparation, qui n’a rien à envier à des sportifs de haut niveau, les arbitres ne peuvent pas tout voir. Maintenant, la vidéo ne règlera pas tout. Un ralenti gomme la notion de mouvement. Un joueur peut très bien être légèrement déséquilibré dans sa course par un adversaire et ne s’écrouler que dix mètres plus loin. La vidéo prouvera-t-elle de manière certaine qu’il y a eu faute ? Je n’en suis pas sûr. Attention aux effets d’optique.
- Comment voyez-vous la Ligue 1 cette année ?
- Comme un championnat à deux vitesses. Il ne faut pas s’en inquiéter mais au contraire, s’en réjouir dans ce football moderne qui est devenu du football business. En Angleterre, il y a le Top Four. Pareil en Italie, en Espagne et, à un degré moindre, en Allemagne. La saison passée, la France a eu son PLM, Paris, Lyon, Marseille, et Bordeaux. C’est le signe de la bonne santé retrouvée de notre Championnat. Au risque de choquer, je dirais que c’est une bonne chose de voir toujours les mêmes ou presque se qualifier en Ligue des Champions. Ca évite l’éparpillement des droits télés. C’est comme ça, que Manchester, Liverpool, le Milan ou Barcelone, demeurent performants au plus haut niveau. Tous les wagons peuvent s’accrocher derrière les grosses locomotives et c’est l’ensemble du train qui marche mieux. Contrairement aux apparences, et même si les plus riches deviennent encore plus riches, les plus pauvres le sont moins à l’arrivée. Le suspens reste entier car les gros se dévorent entre eux et tous les autres se partagent les miettes. On l’a vue la saison passée. Après, c’est vrai, cela donne un Championnat à deux vitesses ; les gros devant, les petits derrière. Mais était-ce vraiment signe de bonne santé de voir Lyon tout écraser pendant sept ans ou Grenoble caracoler en tête l’automne dernier ? Là encore, je n’en suis pas sûr.
- Parlons de Domenech. Est-il si mauvais que ça ?
- A part le Festival Espoirs de Toulon en 2002, il n’a rien gagné. Je n’appartiens pas à la France de Poulidor, ni à celle de Coubertin. Je crois avoir répondu à votre question.
- Est-il quand même capable de qualifier les bleus à la Coupe du monde 2010 ?
- On l’espère tous. Mais pour cela, la France devra gagner en Serbie. Mais attention, avant la Serbie, il y aura la Roumanie, qui a changé de sélectionneur et de joueurs. Il ne faudra pas la prendre à la légère. Ce qui m’inquiète dans cette équipe de France, c’est que les prétendus cadres ne sont pas là. Je ne sens pas de souffle dans cette équipe. C’est pourtant le boulot de Domenech de parvenir à lui insuffler ce petit supplément d’âme si important au plus haut niveau. Les mecs de 1998 l’avaient. Ils étaient des compétiteurs hors normes. La preuve : avoir gagné la Coupe du monde 1998 ne les a pas rassasiés. Ils ont voulu écrire l’histoire en remportant l’Euro 2000. Et ils y sont parvenus. Pourquoi ? Parce qu’à leur époque, devenir international n’était pas une fin en soin mais le début de quelque chose. Aujourd’hui, j’ai l’impression que l’équipe de France sert le plan de carrière des joueurs, pas de tremplin. Quand tu vois Anelka marcher contre l’Argentine et Savidan se défoncer contre l’Uruguay, tu te dis que ce n’est pas un problème de talent mais d’envie. Et ça, c’est grave. ”
Pour Finir :
Deschamps ou Blanc ?
Les Deux car ce sont deux immenses Champions
Zidane ou Gourcuff ?
Gourcuff
Marseille ou Bordeaux ?
C’est compliqué … Disons Marseille pour son côté “ Plus belle la vie ”
Paris-SG ou Marseille ?
Marseille !
Le Meilleur coach de L1 ?
Sur la saison c’est Laurent Blanc, il n’a pas été élu par ses pairs…
Le Meilleur défenseur de L1 ?
Souleymane Diawara
Le Meilleur gardien de L1 ?
Hugo Lloris
Le Meilleur Coach du Monde ?
Fabio Capello. Il a tout gagné. C’est même le seul de l’histoire du Calcio à avoir gagné trois Scudetto avec trois clubs différents (la Roma, le Milan et la Juve, même si le titre a ensuite été retiré à la Juve sur tapis vert)




